avec Anne Cristini-Désir, Présidente de la Fondation KRYS GROUP
Prévenir, dépister, accompagner : face à la progression des troubles visuels et auditifs, KRYS GROUP mobilise son réseau, son expertise métier et la recherche pour répondre aux besoins croissants de ses différents publics. Du Bus de la Vue et de l’Audition aux travaux menés avec le CHU de Poitiers sur la myopie de l’enfant, le Groupe défend une conviction : préserver la santé visuelle et auditive suppose d’agir tôt, concrètement et collectivement.
Entretien avec Patrice Camacho, Secrétaire Général en charge de la Santé chez KRYS GROUP, et le Pr Nicolas Leveziel, chef du service d’ophtalmologie du CHU de Poitiers.
La myopie progresse partout dans le monde. Plus précoce, plus fréquente et parfois plus sévère, elle expose les enfants à un risque accru de complications visuelles à l’âge adulte. Face à cet enjeu de santé publique, KRYS GROUP et le CHU de Poitiers collaborent, depuis 2016, pour mieux comprendre l’évolution de la maladie et améliorer sa prise en charge. Explications.
Pr Nicolas Leveziel : Le boom de la myopie a d’abord été observé en Asie, où certaines grandes métropoles comptent près de 95 % d’adolescents myopes. Cette tendance gagne désormais l’Europe, avec une augmentation constante du nombre d’enfants détectés et une apparition de plus en plus précoce. Aujourd’hui, dans le monde, 23 % des enfants de 5 à12 ans sont myopes, tout comme 47 % des enfants de 13 à 19 ans. Or, lorsqu’elle commence tôt, la myopie a davantage de risques d’évoluer vers une myopie forte. Avec, à la clé, une augmentation considérable du risque de complications à l’âge adulte : glaucome, décollement de rétine, maculopathie, néovaisseaux myopiques, ou encore cataracte précoce. Agir dès l’enfance pour ralentir la progression de la myopie permet donc de réduire les risques futurs.
Patrice Camacho : La myopie ne se résume pas à un défaut visuel. Elle peut affecter les apprentissages, le quotidien et la santé future des enfants. Selon notre Observatoire de la vue des enfants, 65 % des parents estiment que les troubles visuels ont un impact sur la réussite scolaire. C’est pourquoi, la prévention visuelle des enfants constitue un engagement fort pour KRYS GROUP.

P. C. : Depuis 2016, nous fournissons aux chercheurs de l’équipe du Pr Nicolas des données issues de notre réseau, conformément aux règles de sécurisation et d’anonymisation. Elles ont permis de constituer une base exceptionnelle, portant sur plus de 10 millions de patients uniques suivis dans le temps. L’objectif est clair : permettre d’enrichir les connaissances scientifiques par des observations du terrain.
Pr N. L. : Cette collaboration a donné naissance à une grande étude épidémiologique française menée sur la myopie. Publiée en 2021 dans le British Journal of Ophthalmology, elle a révélé que la progression est particulièrement rapide entre 7 et 12 ans, et que les enfants les plus jeunes ou les plus myopes au départ présentent le risque d’évolution le plus élevé. Depuis, ce partenariat a donné lieu à plusieurs publications scientifiques internationales. Il a été renouvelé récemment pour poursuivre les travaux sur ce sujet d’intérêt en termes de santé publique.
Pr N. L. : Pendant longtemps, nous corrigions simplement la vision. Aujourd’hui, nous pouvons également ralentir la progression de la myopie. Notre étude, publiée en 2025 dans BMJ Open Ophthalmology, menée sur trois groupes de 2 500 enfants, confirme l’efficacité des verres de freination chez les enfants de 4 à 15 ans, y compris chez les plus jeunes, de 4 à 6 ans. Ces dispositifs freinent l’évolution de la myopie, mais ne la guérissent pas. Ils doivent donc être prescrits et suivis dans un cadre médical rigoureux.
P. C. : Ces résultats nous permettent d’appuyer nos recommandations sur des preuves scientifiques solides. Ils guident également la formation de nos équipes aux pratiques qui proposent aux familles la meilleure prise en charge et le meilleur suivi.
Pr N. L. : Tout commence par le dépistage précoce de la myopie pour en limiter la progression. Le diagnostic relève du médecin ophtalmologiste, qui évalue la situation de l’enfant, pose l’indication éventuelle d’une stratégie de freination et organise le suivi médical. La réussite de la prise en charge dépend ensuite d’une bonne coordination entre ophtalmologistes, orthoptistes et opticiens.
P. C. : L’opticien joue un rôle essentiel de proximité. Il réalise l’équipement prescrit, accompagne l’enfant, répond aux questions des parents et veille à la bonne observance. Comprendre ce qu’est la myopie évolutive, pourquoi il faut agir tôt et pourquoi un suivi régulier est indispensable contribuent fortement à l’efficacité du parcours.

P. C. : Les déserts médicaux restent une réalité. Le délai moyen pour obtenir un rendez-vous ophtalmologique est de 3,3 mois et atteint 4,1 mois en zone rurale. Autre chiffre préoccupant : 45 % des enfants de moins de 5 ans n’ont encore jamais consulté d’ophtalmologiste. Face à cette situation, nous défendons une approche coordonnée entre ophtalmologistes, orthoptistes et opticiens. Grâce à leur maillage territorial, les opticiens peuvent repérer des troubles visuels, orienter les familles et contribuer à un suivi de proximité, sans jamais se substituer au médecin. La prévention et le dépistage précoce doivent aussi devenir une priorité de santé publique.
P. C. : Depuis 2020, près de 50 000 enfants myopes ont été équipés de verres de freination dans les magasins du Groupe. Cet accompagnement repose sur la formation des équipes, la qualité des mesures, le suivi des enfants et une information claire des familles. C’est cette chaîne complète — de la preuve scientifique à l’accompagnement en magasin — qui donne tout son sens à notre engagement.
Pr N. L. : Nous voulons mieux comprendre pourquoi certains enfants progressent davantage que d’autres et développer des modèles capables de prédire l’évolution de leur myopie.
P. C. : C’est tout l’enjeu du renouvellement du partenariat jusqu’en 2029. De nouveaux moyens vont être mobilisés, notamment à travers un programme de recherche renforcé et le financement de travaux doctoraux. L’objectif reste le même : mieux connaître la myopie pour mieux protéger la vision des générations futures.
« Alors qu’1 enfant sur 5 est aujourd’hui myope en France et que plus d’1 adolescent de 17 ans sur 2 est concerné, la myopie est devenue un enjeu majeur de santé publique. »
L’opticien aide les parents à comprendre les mécanismes de la myopie évolutive et l’action des solutions disponibles comme les verres de freination, capables de ralentir la progression de la myopie. Son rôle consiste également à passer des messages de prévention auprès des parents concernant le mode de vie des enfants, notamment le temps passé à l’extérieur et le temps d’écran.
À partir de la prescription médicale, l’opticien sélectionne et ajuste l’équipement. Ses conseils au quotidien sont déterminants pour garantir l’efficacité et la bonne observance du dispositif.
En magasin, les équipes formées reçoivent les enfants équipés, selon un protocole normé, afin de contrôler l’évolution de leur myopie. En lien avec le corps médical, elles repèrent les besoins d’ajustement et réorientent les familles vers l’ophtalmologiste si nécessaire.
Les solutions de freination ne corrigent pas seulement la myopie : elles ralentissent activement l’allongement de l’œil chez l’enfant et contribuent ainsi à réduire le risque de myopie forte et de complications visuelles à l’âge adulte. Plus la mise en place est précoce, plus la progression de la myopie sera ralentie.
Plusieurs dispositifs ayant démontré leur efficacité par des études publiées dans des revues scientifiques internationales sont actuellement disponibles : les verres de défocalisation périphérique MiYOSMART (Hoya), ou Stellest (Essilor), la lentille MiSight (CooperVision), l’orthokératologie ou encore l’atropine.
Ces solutions imposent une prescription médicale, une adaptation personnalisée et un port régulier. Leur succès repose sur un suivi et un accompagnement rigoureux, associant l’ophtalmologiste, l’opticien et l’implication des familles.
En juillet 2026, KRYS GROUP signe un partenariat avec le CHU de Toulouse autour des travaux du Pr Mathieu Marx, chef du service d’ORL, Otoneurologie et ORL pédiatrique. Spécialiste des liens entre audition, vieillissement et fonctions cognitives, il conduit des projets de recherche ambitieux pour décrypter les mécanismes de l’audition et développer de nouvelles approches de rééducation auditive.
La perte auditive favorise l’isolement social, reconnu comme un facteur de fragilisation cognitive. Ces recherches visent à mieux comprendre la plasticité du système auditif et permettent d’envisager des avancées significatives à court, moyen et long termes, ainsi que la validation de programmes de remédiation innovants, destinés à une large population de patients atteints de surdité.
Annie Di Meo, Associée Krys Chantilly
« J’ai fait de la prise en charge des enfants une priorité après avoir réalisé qu’un ancien camarade de classe, considéré comme un élève en difficulté, souffrait en réalité d’une forte myopie jamais dépistée. Cette expérience m’a fait prendre conscience de l’importance de la détection précoce de la myopie pour les apprentissages scolaires. En magasin, nous avons créé un espace dédié aux enfants, formons nos équipes à leur accompagnement et travaillons en lien étroit avec les ophtalmologistes. Lorsque nous repérons une myopie évolutive, nous sensibilisons les parents et les orientons vers une prise en charge adaptée. Suivre un enfant pendant plusieurs années et constater que sa myopie est restée stable, c’est la plus belle preuve de l’utilité de notre métier. »
À l’occasion de ses 60 ans, KRYS GROUP renouvelle en profondeur le format de son rapport annuel. Preuve qu’à 60 ans, sa capacité à se réinventer et son goût de l’innovation restent intacts.
Cette année, pas de site dédié ni de publication unique, mais 6 dossiers digitaux, un format immersif inspiré de l’univers magazine pour aborder autrement les grands enjeux de son plan stratégique Krystal 2028 : la solidité du modèle coopératif, la culture de la préférence client, l’audace technologique, la dynamique du réseau, l’expertise en santé visuelle et la souveraineté industrielle.
Six dossiers, six récits journalistiques pour donner chair à la stratégie du Groupe, incarner ses convictions et valoriser ses engagements.
Connectée aux transformations de son époque – environnementales, sociétales, sanitaires, réglementaires, industrielles et humaines –, la coopérative KRYS GROUP se raconte ici sous un angle inédit. Elle relie son action aux grandes évolutions du secteur, donne du sens à son modèle et de la profondeur à ses choix stratégiques, offrant ainsi un cap clair à tous ceux qui partagent ses ambitions et contribuent à sa réussite.
Lire ces articles, publiés tout au long de 2026, c’est à la fois se placer aux côtés de celles et ceux qui agissent chaque jour pour la santé visuelle et auditive – et prendre de la hauteur pour observer les grands mouvements s’opérer et les collectifs agir.
Chacune de ces publications dresse, in fine, le portrait d’un Groupe qui n’a jamais considéré son leadership comme un aboutissement… mais comme un point de départ.
Bonne lecture.
Pierre Fournier, président de Krys group
En 2026, KRYS GROUP fête ses 60 ans et nous pouvons être fiers des fondamentaux qui ont forgé sa singularité. La maîtrise de la chaîne de valeur est le premier d’entre eux. À la fois distributeur et producteur — jusqu’à 1,8 million de verres fabriqués —, nous proposons des produits différenciants à un rapport qualité-prix imbattable. Le second, c’est l’esprit entrepreneurial de nos Associés : en trois ans, nous avons ouvert 240 magasins et dépassé nos objectifs. Cette énergie est dans l’ADN de la coopérative. Le troisième enfin tient à notre ancrage territorial, qui confère à nos chefs d’entreprise une agilité rare : ils connaissent leur bassin de vie, savent où s’implanter et comment attirer la bonne clientèle. Ces trois piliers constituent le fondement de notre singularité.
En 2026, notre plan stratégique Krystal 2028 entre dans sa troisième année. J’en suis fier. Son objectif est clair : creuser l’écart avec nos concurrents. Et les résultats sont là : pour la première fois de son histoire, le Groupe atteint 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 18,8 % de part de marché. Le réseau s’est professionnalisé, structuré, sans jamais perdre son âme coopérative. Les outils digitaux au service du pilotage de la performance ont vu le jour. Ce plan fonctionne parce qu’il est suffisamment lisible pour être partagé, et assez robuste pour produire de l’efficacité.
Mais en 2026, les défis à venir sont majeurs. Il faut nous préparer – collectivement – à des temps plus difficiles. À terme, les mutuelles pèseront davantage sur le marché et accentuerons la pression tarifaire. Dans ce contexte, notre modèle de distributeur-producteur est notre meilleur atout : il nous permet d’être plus compétitifs sans renoncer à la qualité. Pour préserver notre leadership, l’avenir repose sur notre capacité à unir nos forces et à adopter une discipline collective : elle passera par une confiance totale dans nos outils communs et par une plus grande rigueur dans nos achats. C’est le prix de notre performance collective future.
Alors oui, en 2026, à l’heure de quitter mes fonctions de Président, je pars confiant. Le cadre est clair, partagé, solide. C’est un Groupe plein d’élan, fort d’une communauté d’entrepreneurs dynamique que je transmettrai, avec toutes les cartes en main pour inventer la suite de notre aventure après 2028. C’est d’ailleurs ça, la force du modèle coopératif : les projets dépassent les individus. La gouvernance se renouvelle, mais le cap demeure. En cela, notre modèle coopératif démontre qu’il est capable de nourrir une performance durable.